Philippe Sollers

 

 

 

“ En vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort “

JEAN 8, 51

 

“En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis”

JEAN 8, 58

Resurrection

Titien, La résurrection, 1520

 

 

 

 « Avant qu'Abraham fût, je suis » est une parole capitale de Jésus qui va déclencher une convulsion tout à fait révélatrice et casser l'histoire en deux morceaux. Jésus opère là une scission, un brusque changement de temps à l'intérieur de la temporalité extraordinairement précise, généalogique du judaïsme, où il n'est question que de reproduction et de la prise de pouvoir que cela suppose.

 

 Cette rupture temporelle est un acte métaphysique et politique incroyable : il y a la mort, il y a le temps humain, qui constitue la reproduction même de l'espèce humaine, et par-dessus, Jésus annonce une autre conception du temps : il se déclare issu d'un père vivant qui est dieu et dont il accomplit, incarne la parole. Ce fils de dieu reprend l'identité de Dieu lui-même révélé à Moïse - « Je suis » -, ce qui suppose une double naissance : une naissance constante, et une naissance dans l'histoire en tant qu'homme. C'est donc une naissance ahurissante, inconcevable qu'il affirme jusqu'à sa mort.

 

 Celui qui gardera la parole de Jésus ne verra jamais la mort. Jésus passe au temps de la parole, qui se conjugue au présent. Au commencement « EST » le verbe. C'est le présent même de la puissance de la parole que nous sommes censés entendre.

 

PHILIPPE SOLLERS

 

 

Le monde des religions, Le message de Jésus - Hors-série n°17 (pdf)